Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters

Orelsan et Gringe. Vous connaissez sûrement le premier, nationalement révélé par La terre est ronde -et si vous l’écoutiez avant, c’est encore mieux – rappeur de Caen, encensé lors de la sortie de son premier album. Vous n’avez peut-être pas entendu parler du second, présent au côté d’Orelsan depuis belle lurette. Les voilà à nouveau réunis, sous le pseudo de Casseurs Flowters, pour un album… bien à eux.

Orelsan et Gringe

Voilà la pochette d’Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters.

Orelsan, c’est quelques polémiques – en particulier celle autour du morceau St Valentin – mais aussi, et surtout, deux albums solo remarqués par la critique et le public : Perdu d’avance et Le chant des sirènes. Gringe, son ami et comparse depuis toujours l’accompagne sur ses deux albums. Au milieu des années 2000, ils lancent les Casseurs Flowters. Il faut attendre le 18 novembre 2013 pour les voir sortir un album. Une longue attente, qui s’explique par le fait que les deux potes ont mis du temps à percer, et à peaufiner leurs délires.

Second degré avant tout

Avant de lancer Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters, vous devriez écouter, ou réécouter, les deux albums solo d’Orelsan. C’est fait ? Bien. Maintenant, oubliez tout, et concentrez-vous sur l’humour décalé et les private joke. Oui, cette galette-là, c’est un délire entre potes, un album par eux, pour eux. À trente ans, ils sont perdus dans leur adolescence, et retracent une de leur journée de déchéance en un peu plus d’une heure.

D’ailleurs, ce n’est pas anodin si tout commence à 14h58. Un texte japonais, une parodie d’un générique de dessin animé des années 90, voilà l’ouverture de l’album. La suite n’est pas plus originale : glandage, portable et paresse, impossible de se méprendre, ce n’est pas du rap conscient. Le long des morceaux, on passe d’un réveil digne d’un lendemain de soirée, par les embrouilles entre potes, au temps perdu à traîner dehors puis à l’auto-promotion de leur flemmardise quasi-légendaire. C’est le genre de journée parfois chiante, parfois marquée par les dessins animés, par le temps perdu dans un abribus, c’est la médiocrité avant tout. Pour être plus concret, Orelsan continue de rapper comme à son habitude, flow mêlé à ses punchlines et l’instru élaborée par Skread. Gringe, moins connu que son compère, à fort à faire ici pour marquer les esprits. Quelques phrases bien senties et une voix bien plus grave qu’Orelsan lui permettent de se démarquer. Inutile de chercher du sens dans l’enchaînement des morceaux, cette journée perdue est totalement décousue. Au milieu de l’album arrive les deux singles Bloqué et La mort du disque. C’est là le paroxysme d’un ego trip marqué par leur no life tandis que les morceaux suivants sont bien moins décalés. Côté beat, l’inspiration est du côté des jeux vidéos 8 bit et des mangas si chers à Orelsan. D’ailleurs ces beats de Skread restent dans la lignée de ses productions précédentes sur Le chant des sirènes. Il n’empêche qu’ils sont prenants, et s’accordent parfaitement avec l’échange entre les deux rappeurs, point central de l’album.

C’est typiquement le genre d’albums qui ne plaira pas à tout le monde, et c’est justifié. Ces Casseurs Flowters viennent d’élaborer un album avec leurs blagues, leurs vies, leurs délires, et c’est parfois dur de se reconnaître dedans. On retient aussi une forte dose de je-m’en-foutisme et d’interludes qui viennent casser la bonne dynamique des morceaux. Au final, l’album compte plus de titres loufoques que de textes qui vous prennent direct au coeur. Malgré cela, le tout est bien senti. Les punchlines marchent, et l’ego trip d’Orelsan et Gringe se révèlent comme une bonne surprise. Les deux premiers singles, Bloqué et La mort du disque, ne suffisent pas à résumer l’esprit de cet album, et ce n’est pas plus mal. Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters, c’est un peu un concept, plus proche de la blague malvenue que de l’art de rue. Il n’empêche que cet album, c’est du rap, et c’est bien le leur.

From Here to Now to You: sea, surf and sun

Mardi 17 septembre, l’été est déjà loin. Le Concordia s’est relevé, et GTA V est officiellement en vente. C’est aussi le jour choisi par Jack Johnson, Hawaïen de 38 ans, ex-futur champion de surf, reconverti artiste, pour sortir son 6e album, From Here to Now to You. Après écoute, l’été ne me semble plus si loin finalement.

Aussi bon que ses prédécesseurs

La guitare est la base des compositions de Jack Johnson.

Avant de se concentrer sur les morceaux, mieux vaut reprendre par le début. Le jeune Jack, fils d’un pionnier du surf, semble promis à une belle carrière professionnelle sur sa planche. Une violente chute contre un récif l’amène à réfléchir. Il s’éloigne du haut niveau, et se consacre à des études de cinéma. Dans le même temps, Jack touche de plus en plus à la gratte, et se met même à composer. Tout doucement, il se forge une petite réputation, et, une fois diplômé, se consacre à un film sur le surf, Thicker Than Water, dont il réalise la bande-son. Tout s’accélère, Jack devient papa, sa musique plaît à ses amis, dont un certain Ben Harper, et en 2001, il sort finalement Brushfire Fairytales. Les ventes aux Etats-Unis dépassent le million en moins d’un an. Et dire que Jack ne se voyait pas musicien. Douze ans plus tard, From Here to Now to You est donc son 6e album.

En 12 titres et 41 minutes, Jack Johnson m’a convaincu. Oui, From Here to Now to You est aussi bon que ses prédécesseurs. Oui, Jack maîtrise les sonorités acoustiques comme personne, et oui, j’ai envie de me mettre au surf maintenant. I Got You, premier titre, ouvre délicatement l’album. Comme d’habitude, Jack et sa guitare assurent le boulot. On perçoit aussi que sa voix est doublée: l’une grave, l’autre plus aiguë, et le tout se laisse très bien écouter. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’il s’agit du premier single. Washing Dishes, second titre, est bien plus entraînant. Premier coup de cœur. Shot Reverse Shot se veut de la même trempe. Les rythmes sont variés, et la voix de Jack Johnson entêtante. Never Fade se pose en balade pour les amoureux. Les paroles sont on ne peut plus clair: <<It feels good to be the one, that you want, when all I want is you>>. Cinquième titre, Tape Deck, raconte comment lui et ses amis ont montés un groupe plutôt bancal, avec une guitare à 50$ et un batteur qui ne sait pas jouer. Là encore, il s’agit d’un de ses morceaux les plus énergiques – si j’ose dire. Deuxième coup de cœur. Un sixième morceau, qui passe un peu plus inaperçu que les précédents. As I Was Saying, en numéro sept, se révèle être une autre de ces ballades caractéristiques de l’Hawaïen, douce, tout comme You Remind Me Of You, le morceau suivant. Le deuxième single, Radiate, n’est pas le titre le plus marquant, mais cela ne signifie pas qu’il faut le zapper. Nouvelles balades des plus calmes, avec Ones And Zeros et Change où les accords de guitare sont mis à l’honneur. From Here to Now to You se conclut sur la chanson Home, dernière balade entraînante sur la nature. Énième preuve que l’ancien surfeur se soucie de l’environnement.

Au final, From Here to Now to You se révèle être un album d’une grande qualité. Jack Johnson, comme à l’accoutumée, parvient à nous faire voyager par-delà les mers, jusqu’à son île natale, le tout à l’aide de quelques accords et de sons acoustiques. En cette froide rentrée, on s’imagine allègrement prendre un bain de soleil, en attendant qu’une vague nous emmène plus loin.

Coup 2 Crosse dans vos oreilles !

L’album tant attendu cet été des 4 DJ Nantais du groupe Coup 2 Crosse (C2C) est enfin sorti début septembre. “Tetra” -c’est son nom- renouvelle le genre électro, pour le plus grand plaisir de nos oreilles, et près d’un mois après sa sortie, l’album connaît déjà un grand succès : que peut-on en retenir ?

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