Cleanio : vos vêtements nettoyés et livrés en 24H

Le secteur du pressing est en plein changement : le nombre de pressing ne cesse de diminuer alors que la demande augmente beaucoup.
Cleanio, notre startup de cette semaine, a profité de ce changement et a imaginé le pressing du futur avec un service inédit via une application web : récupérer vos vêtements, les nettoyer et les livrer à l’endroit de votre choix en seulement 24h! Un service claire, simple et efficace!
Cette nouvelle “expérience” est désormais accessible aux clients en version bêta pour l’instant. Pour en savoir plus, nous avons rencontré au Numa les 2 co-fondateurs de cette belle pépite française qui nous ont accordés un entretien.

Pourriez-vous vous présenter ainsi que présenter Cleanio ?

Richard Gozlan :j’ai une licence mathématiques appliqués et un master Kedge BS à Bordeaux. Après une année de césure chez

Dashlane où j’assistais le directeur produit, j’ai passé 2 mois à San Francisco au sein du programme startup Dream Team. J’ai rencontré des personnalités du monde de l’entrepreneuriat américain dans la Silicon Valley. A mon retour, j’ai commencé à travailler sur Cleanio à Bordeaux.

Je suis allé à Berlin pour assister à l’event Tech Crunch Disrupt et j’ai pitché l’idée qui a plu à beaucoup de gens. En rentrant je me suis concentré sur ce projet, j’ai fait appel à Guilherme un mois plus tard (qui est devenu maintenant co-fondateur) pour s’occuper de la partie développement, car je m’occupe de la partie font-end. Par la suite, j’ai commencé à chercher un social media manager et j’ai rencontré Florian.

Richard Gozlan
Richard Gozlan co-fondateur de Cleanio

Florian Legris : j’ai une licence de droit et j’ai choisi à Kedge bordeaux la Chaire Art culture et management. Après un passage chez Renault en tant que chef de pub, j’ai travaillé pendant 6 mois chez Tom Tom à Amsterdam en tant que social media manager. J’ai commencé à travailler sur Cleanio en parallèle. Une fois le projet lancé, j’ai démissionné début février 2014 et je suis rentré à Paris.

Florian Legris
Florian Legris co-fondateur de Cleanio

Comment avez-vous eu l’idée de créer Cleanio ? et pourquoi ?

Richard : Cette idée existe à LA, SF et en Europe (à Amsterdam et en Italie). Après des études et une enquête que nous avons réalisées, nous avons pu cerner le besoin des clients. Nous avons identifié par exemple le nombre de personnes qui vont au pressing par mois et combien elles dépensent, quel type de vêtement était le plus lavé, et établir des statistiques : une personne lambda va 1,8 fois au pressing par mois en moyenne… Nous pensons augmenter cette moyenne puisque nous facilitons la prise en charge de processus. Nous avons identifié les contraintes qui empêchent d’aller plus souvent au pressing qui sont la distance, l’oubli, les horaires d’ouverture… Cette enquête nous a guidés dans nos choix stratégiques et tarifaires. Je rajoute que sur les 10 dernières années, le nombre de pressings est passé de 10 000 à 4 000 en France alors que la demande a augmenté de 40% ! Les pressings sont tenus aujourd’hui par des personnes âgées qui vont partir bientôt à la retraite. Et ce métier n’attire plus les jeunes.
On imagine le futur du marché principalement avec des chaînes surtout qu’avec l’interdiction du Perchlo, un solvant cancérigène, les pressings traditionnels vont devoir changer de machines (qui coûtent très cher). Les propriétaires qui partent bientôt à la retraite ne vont pas le faire.
En deux mots, nous sommes dans un marché qui bouge !

logo Cleanio
Logo Cleanio

Quels services proposez-vous ?

Florian : on propose de la récupération, du lavage et de la livraison des vêtements via une web app (en bêta pour le moment) et bientôt une application. mobile On propose une expérience simplifiée aux utilisateurs (commander sur internet c’est beaucoup plus facile que se déplacer au pressing).
On simplifie la démarche et on offre un site sympa. on rend, en quelque sorte, le pressing « sexy » et friendly. Et notre objectif est de le faire partie du quotidien des utilisateurs.
Une fois commandée sur Internet : on se déplace chez les gens entre 18h-23h30 (pour l’instant) pour récupérer les vêtements. Ils seront prêts en 24 ou 48h selon les cas (contrairement au 72h de pressing normal), et on les livre à domicile ou ailleurs (au bureau…) on est flexible avec les utilisateurs.
>80% des pressings utilisent un solvant cancérigène (Perchlo) interdit (délai pour le supprimer jusqu’à 2017). Notre service est écologique et utilise des produits qui respectent l’environnement, les vêtements et les clients. On apporte à la révolution écologique une révolution technologique.
On propose le nettoyage à sec (tout ce qui ne passe pas en machine : costume, manteau, du cuir, tissu délicat contrairement à la petite blanchisserie qui remplace la machine à laver)
Nous proposons pour l’instant 8 articles les plus lavés : chemise, manteau, costume, pull, robe, jupe, veste et pantalon.

Richard : on offre également un service client sur FB, twitter, un package Cleanio.

Quelles sont vos cibles ? 

Florian : Nous préférons cibler les particuliers (BtoC) qui seront, dans le futur, des demandeurs auprès de leurs entreprises. Est-ce que l’utilisateur lambda serait intéressé par notre concept ? Nous sommes en train de prouver que oui. Dans un second temps, les entreprises seraient plus faciles à convaincre. Mais cela reste une vision lointaine. Le seul avantage du professionnel (BtoB) c’est le revenu mensuel assuré.

Richard : c’est un choix stratégique de viser plutôt le BtoC même si côté technique (site web entreprise) est prêt.

Avez-vous eu une aide financière lors de la création de cette startup?

On a participé à un seul concours « le petit poucet » un concours d’entreprenariat pour les étudiants. Nous n’avons pas eu recours à des levées de fonds ni d’argent vu que nous possédons toutes les compétences qu’on a besoin.

Quels sont les prochains axes de développement ?

Richard : améliorer notre service au gré de besoin des utilisateurs.

Quels sont les délais et vos tarifs ?

Florian : le délai de commande après l’inscription est de 24h, un délai qui va changer bientôt.

Les tarifs :

  • La commande minimum est de 20€ (qui correspondent à un costume + 2 chemises)
  • Les tarifs : une chemise sur cintre 5€
  • Nous sommes basés sur Paris et on cible les arrondissements 5-6-7-8-9-15-16-17 (la concentration des centres commerciaux dans ces arrondissements et là où les prix de pressing pratiqués sont les plus chers. On se positionne moins cher qu’eux)

Merci Richard & Florian pour cette interview.

Cleanio sur le web :

EDIT : l’application iPhone de Cleanio est désormais disponible. Vous pourrez la télécharger ici.

Internship4U, la startup spécialisée en stages à l’international

Trouver un stage à l’étranger est une tâche difficile pour les étudiants. Notre startup de cette semaine, Internship4U, a pour ambition de faciliter cette tâche et d’accompagner les étudiants dans leurs recherches et démarches pour avoir un stage de qualité qui répond à leurs besoins avec une expérience internationale enrichissante.

Analyze Thiz a interviewé Arnaud Depouilly, un des cofondateurs de cette startup incubée au Business Nursery à Kedge Business School.

Internship4U
Internship4U

Bonjour Arnaud, pourriez-vous présenter Internship4U ? Ainsi que l’équipe derrière ?

Internship4U est une agence spécialisée dans la création d’opportunités internationales par le stage, qui a été créé en Juin 2013 après plus d’un an de préparation. Internship4U a pour objectif de permettre à l’ensemble des étudiants d’avoir l’accès à des stages internationaux de qualité dans le pays où ils le souhaitent.
 L’équipe se compose de 3 jeunes associés : moi-même (Arnaud Depouilly) PDG et Kevin Goyer issu de l’école de commerce de Marseille (Kedge Business School) ainsi que Romain Godart issu de l’école de commerce de Clermont Ferrand (France Business School). Je suis avec Romain à Buenos Aires (Argentine) pour proposer aux entreprises la pédagogie du stage Internship4U. Nous sommes également accompagnés de stagiaires eux aussi en école de commerce, alors que Kevin gère la demande des étudiants depuis Paris.

Comment avez-vous eu l’idée ?

L’idée d’Internship4U est née lors de nos propres expériences en stage à l’étranger. En effet, nous sommes tous issus d’écoles supérieures de commerce et avons donc été confronté à la longue et difficile recherche d’un stage à l’international. Nous avons identifié un véritable problème en remarquant que souvent les étudiants obtenaient des stages peu professionnalisant, que les entreprises ne leur confiaient que très peu de responsabilités et que les missions de stage n’étaient pas toujours très intéressantes. Du coup, pour remédier à ce besoin, nous avons décidé d’améliorer les relations internationales entre étudiants et entreprises en créant Internship4U.

Quels services proposez-vous ?

Notre offre est divisée en deux services distincts destinés à deux cibles différentes, une première activité dédiée aux entreprises et une autre aux étudiants. En premier lieu, notre activité est celle d’une agence de recrutement international à travers le stage. Nous activons nos réseaux en Europe (en France principalement) pour répondre à la demande précise d’entreprises concernant un talent avec un profil très spécifique. 
En second lieu, notre activité est celle d’une agence de placement, nous proposons des stages de qualité avec des missions et objectifs bien déterminés aux étudiants du supérieur. De plus, nous encadrons le stagiaire tout au long de son séjour à l’étranger aussi bien au niveau professionnel, culturel que social. L’expérience de l’étudiant est primordiale à nos yeux car elle fait partie du processus d’apprentissage d’une nouvelle culture. Nous sommes actuellement axés sur l’Amérique du Sud, avec pour première destination Buenos Aires en Argentine mais avec l’ambition de développer l’activité dans d’autres villes rapidement.

Comment détectez-vous les talents ? Est-ce que vous faites passer aux candidats des tests du type TOEIC, TOEFL, 360, 720…?

Certaines entreprises avec lesquelles nous travaillons demandent parfois le résultat du TOEIC et du TOEFL. Nous recherchons un talent suite à une demande spécifique d’une entreprise. Nous identifions les talents par certains critères que nous vérifions lors de l’entretien avec un membre de l’équipe Internship4U tels que l’expérience et le niveau de langues étrangères par exemple. Nous comptons aussi sur les écoles pour être transparentes vis-à-vis du niveau académique de l’étudiant. Enfin, puisqu’un talent ne se limite pas au niveau académique de l’étudiant, nous essayons de comprendre le projet de tous les profils. D’ailleurs, on constate une évolution dans la définition du mot talent, qui peut aujourd’hui être monsieur tout le monde ou qui du moins, devient une notion très subjective en fonction des besoins de l’entreprise.

Quelles sont vos étudiants cibles ?

Nous proposons des offres pour les étudiants d’un niveau Bac +2 jusqu’au niveau Master Bac+5. D’une manière générale, il est conseillé aux étudiants d’avoir des notions dans la langue du pays où ils vont effectuer leur stage. Nos offres sont plus orientées actuellement vers les filières commerciales, marketing, stratégie, RH, communication, design graphique mais aussi œnologie, gastronomie, architecture ou ingénierie.

Internship4u
Internship4u

Est-ce que vous êtes en contact avec des institutions pour déposer des dossiers de bourses de voyage ? (Erasmus, conseil général…)

Nous conseillons et indiquons nos étudiants les démarches à suivre ainsi que les organismes auxquels ils devront s’adresser. Seules les universités ou les écoles peuvent agir légalement au niveau de l’obtention de ces-dites bourses, notamment en ce qui concerne les aides régionales.

Prenons un exemple d’un étudiant en M2 qui cherche un stage à l’étranger, comment procède-t-il ?

Nous sommes actuellement spécialisés sur une destination qui est Buenos Aires en Argentine. Nous avons démarré par cette ville car nous sommes convaincus de son attrait et de son potentiel en termes de développement économique. 
Dans le cas d’un étudiant en M2 qui cherche un stage à Buenos Aires, il nous envoie sa candidature, nous l’examinons, il passe ensuite un entretien avec un des collaborateurs Internship4U pour cibler exactement son projet et sa demande mais aussi pour vérifier ses compétences. Ensuite, nous nous engageons à lui proposer 3 offres en accord avec sa recherche, il sélectionne celle qui lui convient le mieux pour enfin passer un entretien avec le recruteur. Notre processus est assez complexe et long afin de garantir la qualité de la mise en relation. L’étudiant va être ainsi guidé avant, pendant et après son stage !

Quel est le business model adopté?

Nous facturons la personne qui est active dans sa recherche. Si c’est l’entreprise qui fait appel à nous pour trouver un profil spécifique grâce à notre réseau nous facturons l’entreprise. Si c’est l’étudiant qui postule sur notre site internet par rapport à une offre publiée ou pour déposer son projet, nous le facturons pour la mise en relation mais aussi l’encadrement, l’accueil, le logement et de multiples activités professionnelles, culturelles, associatives et sociales sur place (packs).

Avez-vous eu une aide financière ou autre lors de la création de cette startup?

Nous avons intégré l’incubateur de la région Provence Alpes Côte d’Azur à Marseille qui s’appelle Business Nursery. Grâce à cela, nous avons bénéficié de nombreux conseils de leur part et ils nous appuient financièrement sur certaines opérations.
 Sinon, nous n’avons pas encore eu d’aides particulières.

Avez-vous eu un retour depuis le début de votre activité ?

Nous avons démarré l’activité sur la connexion Paris – Buenos Aires avec un défi de taille car le stage n’est pas aussi développé culturellement en Argentine qu’en Europe. Finalement, nous avons réussi à proposer notre pédagogie et à sensibiliser les entreprises en améliorant notre stratégie de communication sur le marché Argentin. La majorité des entreprises que nous avons contactées ont été très réceptives et désireuses d’accepter en stage des étudiants étrangers. Nous avons par conséquent de nombreuses entreprises partenaires à Buenos Aires, les premiers étudiants arriveront début 2014.

Dans quels pays opérez-vous ?

Nous opérons actuellement sur Paris et Buenos Aires avec le projet de se développer en 2014 sur d’autres destinations tout aussi attractives pour les étudiants, tant sur le plan professionnel que personnel.

Quels sont les prochains axes de développement ?

Nous préparons activement un projet depuis plusieurs mois qui va nous permettre de développer considérablement notre activité et révolutionner enfin l’environnement du stage international.

Merci Arnaud pour cet entretien.

Vidéo de présentation d’Internship4U :

Internship4U sur le web :

La RSE selon Bernard Belletante

Après avoir étudié la RSE, nous clôturons ce dossier par une interview que nous a accordée M. Bernard Belletante, Directeur Général d’Euromed Management.
Le thème de cet entretien est la vision du management responsable et la RSE chez les futurs managers en particulier au sein d’Euromed Management. L’interview aborde également le sujet de la RSE au sein des entreprises.

Analyze Thiz: Tout d’abord félicitations pour votre prix de Responsable Management Education avec M. Jean-Christophe Carteron. Quels sont les changements/actions prévus à Euromed ? 

Bernard Belletante : Nous avons construit, depuis plusieurs années, la démarche RSE d’Euromed autour de cinq

Le prix de CEEMAN
Le prix de CEEMAN

grands thèmes:

  • Think : pour la recherche, la pédagogie et pour trouver des nouvelles orientations.
  • Train : entraîner l’équipe d’Euromed et les étudiants.
  • Inform : via  la communication et des évènements.
  • Act : nous sommes une école qui réalise de nombreuses actions et en particulier grâce aux pro-acts où les étudiants peuvent développer des activités autour de la RSE.
  • Co-Create : développer nos réseaux sur le thème de la RSE. Le meilleur exemple est celui du réseau du management responsable que nous avons mis en place avec plusieurs entreprises impliquées dans le sujet.

Il faut comprendre que l’ensemble de nos démarches est structuré autour de ces 5 verbes où nous avons des objectifs et des progressions chaque année; comme par exemple: accroître la recherche sur la RSE dans le management maritime (Think), trouver les moyens pour mesurer les objectifs d’apprentissage en matière de RSE (Train), reproduire ce que nous avons fait à Rio l’an dernier pendant le sommet (la Conférence des Nations unies sur le développement durable NDLR) (Inform), remettre l’ascenseur aux normes des handicapés et enfin développer le réseau manager responsable avec la création de 2ème réseau (Act).

Quels sont les impacts de ces démarches sur les futurs managers ?

L’objectif de nos démarches est de permettre à un manager qui est en situation de prise de décision, d’introduire des critères qui intègrent la RSE. L’objectif n’est pas de donner un mode d’emploi mais un raisonnement de prise de décision plus efficient de ce qu’il a était jusqu’à présent.

Quelles sont les qualités essentielles qu’un manager responsable doit avoir?

Je suis convaincu que le monde économique de l’entreprise est basé sur des systèmes. Donc aucune action n’est indépendante l’une de l’autre. L’une des caractéristiques du management est que la décision doit être multicritères. Le futur manager ne devra pas prendre une décision basée uniquement sur le résultat financier à court terme, mais à la fois sur le résultat financier moyen terme et long terme et en même temps elle doit être basée sur des mesures de qualité de vie au travail.
Une entreprise peut dégager des bons profits mais s’il y a des grèves en permanence et des suicides au sein de cette entreprise, il y aurait un manque de cohérence entre le bénéfice social et financier.
Dans l’avenir, un manager doit être capable via son système multidimensionnel de critères d’introduire les objectifs des “Stakeholders” (clients, actionnaires, l’environnement, les salariés). Cette partie prenante a des objectifs et toute l’entreprise doit participer pour les atteindre.

Bernard Belletante
Bernard Belletante- Directeur général d’Euromed Management

Selon l’édition 2012 du Panorama des pratiques de gouvernance des sociétés cotées françaises d’Ernst & Young, 1/3 des sociétés du CAC40 disposent d’un comité éthique et/ou RSE auprès des conseils contre 27% en 2011. Même si ce chiffre reste relativement faible, pensez-vous que la démarche de ces entreprises est opportuniste (des fins marketing) ou reflètent-elles un réel changement et une logique d’intégrer la RSE dans leur gouvernance ?

D’abord je distingue éthique et RSE qui n’ont pas la même signification. Il n’y a ni philosophiquement ni économiquement un recouvrement parfait entre les comités d’éthique et celles du RSE. Les personnes qui font du RSE pourraient ne pas être très éthiques.
Sinon, je suis optimiste quant à l’évolution de l’adoption de la RSE par les entreprises française. Elles disposent de plus en plus de comité et des bilans RSE. Mais il faut regarder cas par cas pour vérifier si c’est du “Window-dressing” ou pas.

Les entreprises évoluent sous deux contraintes, la première est l’esprit d’aubaine : être les premiers à faire quelque chose de particulier pour se distinguer et  tirer un avantage concurrentiel, donc avoir une position de leader. Elles obligent par la suite la concurrence à réagir. Le domaine du RSE n’échappe pas à cette règle, c’est ce qu’on appelle le greenwashing. Ces entreprises y ont cherché un avantage compétitif. Comme par exemple les publicités de détergents qui, depuis quelques années, cherchent à vendre des produits qui contiennent moins des produits chimiques et qui sont plus bio. Dans ce cas de figure, on utilise la RSE comme un outil concurrentiel parce que il important pour leurs clients et qu’ils y sont sensibles. Beaucoup d’entreprises croient que l’investissement RSE doit avoir la même rentabilité que les autres investissements. Je pense qu’elles ont raison. La RSE ne doit pas être un investissement à perte.
Le deuxième levier, c’est la contrainte ou les suiveurs. Parce qu’une fois que les leaders ont agi, les autres les suivent. Nous avons vu les premières entreprises qui avaient adopté la RSE puis l’état a légiféré ces démarches et les autres les ont adoptés par la suite.

Dans un sondage de Landor Associate qui date de 2010 (Coporate Social Responsability Branding Survey), 77% des consommateurs disent qu’il est important que les entreprises adoptent la RSE alors que ce n’était pas le cas il y a quelques années. Pourquoi ce changement et  cet engagement de la part des consommateurs ? Est-ce qu’on assiste à un passage d’une entreprise responsable vers un consommateur responsable ou plutôt l’inverse ?

Personnellement, je fais partie des économistes qui ne croient pas à la demande. Si la demande dirigeait le marché, il n’y aurait pas d’iPhone aujourd’hui. Je crois que ce sont les offres qui structurent les marchés. L’offre doit s’adapter par la suite puisque la demande va évoluer. Historiquement, les grandes révolutions ne sont jamais venues par la demande mais plutôt par l’offre.
Je ne suis pas convaincu non plus que si on propose un produit à un consommateur qui est 2x plus cher parce que le fabricant adopte la RSE, il va l’acheter, surtout en période de crise. Le consommateur attend une offre qui soit performante sur multicritère (prix, design, qualité…). A production équivalente, serions-nous prêts à payer trop cher pour un produit RSE? Oui si nous faisons partie d’une catégorie socio-professionnelle assez aisée avec une conscience éthique mais si nous avons beaucoup d’enfants donc beaucoup de dépenses, nous ne le ferons pas!
Nous sommes plus dans une logique d’offre et dans une sorte de pression. Si tous les consommateurs étaient écologistes, les voitures seraient électriques depuis longtemps.
Dans le cas de la RSE, il n’y a pas de pression de la part de la demande pour la faire évoluer et c’est encore une fois l’offre qui dirige.

L’étude de Towers Watson (Global Workforce Study) montre que la RSE est le 3ème facteur de l’engagement des employés. Qu’en pensez-vous ? Est-ce qu’ils voient cette démarche comme une contrainte ou une opportunité ?

Les salariés vont choisir les entreprises qui adoptent la RSE seulement en période où il y a beaucoup d’emplois mais pas en période de crise.
La RSE est une opportunité pour les salariés par ce qu’elle leur permet véritablement d’être plus fiers de leur travail. Je prends l’exemple des salariés d’IKEA qui ont mal vécu l’histoire d’espionnage dans leur entreprise. Ils avaient une certaine image  “propre” de leur entreprise.

Quel est l’impact de la crise sur la formation des managers responsables ? Et sur l’adoption de la RSE par les entreprises ? 

La crise est un élément qui nous a confortés dans notre décision.
La crise, qui date selon moi de 2008, est vraiment due à un problème de décision à court terme et un problème de gouvernance : trop de décisions prises à court terme qui créent des engorgements et des bulles spéculatives, et pas assez de contrôle de gouvernance, notamment de la part des parties prenantes qui ne sont pas en matière d’expression par rapport à un certain nombre de chose. Exemple: les actionnaires qui acceptent des bonus gigantesques pour leurs dirigeants, c’est leur problème et non pas celui des dirigeants. Ils peuvent dire non, mais ils ne sont pas assez formés. C’est à eux de discipliner les dirigeants.

Allonger la durée de la prise de décision et accorder plus d’importance aux parties prenantes font conforter notre engagement vers la RSE. C’est un positionnement voulu et défendu et une logique d’offre.

Je pense que la crise économique au niveau des consommateurs remet le prix parmi les principaux critères de décisions. Quand on est en difficulté dans notre emploi ou sans emploi, on fait attention. Et cela se fait au détriment de la RSE. D’où la politique d’innovation que l’on devrait avoir : je fais de la RSE à prix identique ou à prix faible. Et là on concilie  les 2 critères.

Pour avoir le label RSE, certaines entreprises adoptent plusieurs politiques :

  • Adopter les énergies renouvelables
  • Coopérer via des partenariats avec des ONG
  • Avoir une politique de recrutement « spéciale » (recrutement dans des zones défavorisées ou dans les pays émergents par exemple)

Quelles sont selon vous les bonnes actions pour soutenir une stratégie RSE dans une entreprise ?

Je suis convaincu par une politique multidimensionnelle (marketing, finance, RH…) qui intègre tous les stakeholders de la firme. Les chances d’implémentation d’une politique RSE ne passent que si tous les collaborateurs l’ont comprise et veulent effectuer un effort et que les actionnaires l’ont comprise et sont prêts à investir. Il ne faut pas oublier d’intégrer aussi les clients.
La RSE n’est qu’une amélioration globale de la performance de la firme. En revenant au cas d’IKEA, les salariés se sont sentis humiliés et les pratiques d’écoute sont en discordance cognitive par rapport à l’image d’IKEA. Nous sommes bien sur une logique systémique. Donc l’implémentation d’une stratégie RSE est à travers l’ensemble des parties prenantes.

Un dernier mot?

Je suis intéressé par le sujet de la RSE dans les pays émergents. On a tendance à dire que ce n’est pas leur principale priorité; il faut d’abord qu’ils fassent de la croissance et après intégrer la RSE. On ne leur présente pas la RSE comme un élément de performance systémique. Et les entreprises ne font pas les efforts nécessaires.
En Inde, en Chine et au Brésil, la RSE est faible car elle est présentée comme une entrave à la croissance.

Tout le discours qu’on doit avoir dans les écoles de management et les entreprises est de dire que la RSE est une dimension systémique et n’est pas un frein à la croissance.

Merci pour cette interview.