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La gouvernance des entreprises et la RSE

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La gouvernance des entreprises cotées en bourse doit faire face à deux modèles managériaux : le modèle actionnarial et le modèle partenarial. Deux modèles qui se trouvent au coeur de la thématique de la responsabilité sociale de l’entreprise et font beaucoup de débats.

Dans le premier modèle, l’entreprise agit uniquement dans l’intérêt des actionnaires (shareholders) en maximisant sa valeur et sa richesse (pour augmenter le cours de bourse).

Dans le second modèle, l’entreprise prend en compte les intérêts des autres parties prenantes (stakeholders) : salariés, clients, fournisseurs, créanciers. Elle prend différentes mesures pour les satisfaire.

Cette thématique fait l’objet de nombreux débats au sein de la gouvernance des entreprises, entre les pro-actionnaires et les pro-parties prenantes. Ces débats influencent souvent les objectifs stratégiques des entreprises et font spéculer sur des idées qui ne sont souvent pas stratégiquement correctes:

  • « Le rôle néfaste des actionnaires » est décrit par Michel Albouy dans « Valeur actionnariale et responsabilité sociale de l’entreprise » (Cahier de recherche n°2009-09 E2). Selon l’auteur, les actionnaires agissent à court terme et exigent d’augmenter le taux de rentabilité de l’entreprise pour augmenter leurs dividendes.
  • Les parties prenantes possèdent une vision à long terme et agissent dans l’intérêt de l’entreprise.
  • Il n’y a aucune opposition entre le modèle actionnarial et le modèle partenarial : la satisfaction de certaines parties prenantes augmente (dans certains cas) le chiffre d’affaire qui augmente lui aussi la rentabilité et accroît le cours de la bourse pour les actionnaires.

L’entreprise doit-elle adopter le principe de maximisation de la valeur actionnariale ? Partenariale ? Ou les deux ? Qu’en-est-il de la responsabilité sociale des entreprises ?

Les actionnaires 

L’actionnariat est un principe fondamental de l’économie de marché et les actionnaires possèdent des parts sociales des entreprises sous forme d’actions ou de titres dérivés.

On distingue plusieurs types d’actionnaire :

  • L’actionnaire dispersé ou minoritaire
  • L’actionnaire majoritaire
  • L’actionnaire dirigeant : où les dirigeants possèdent une partie du capital de l’entreprise
  • L’actionnaire salarié : dans certaines entreprises, des parts du capital sont distribuées aux salariés. Cela résulte plus souvent d’une stratégie en management que directement d’une stratégie financière
  • L’actionnaire public : quand l’état ou les collectivités locales détiennent des parts dans des entreprises

L’actionnaire, avant tout, apporte des ressources financières à l’entreprise. Il détient une part de son capital et participe à son développement économique. Et à ce titre, l’actionnaire possède plusieurs droits :

  • Le droit aux dividendes : une rémunération correspondant au capital qu’il l’a investit
  • Le droit de contrôle.
Le droit aux dividendes :

Les entreprises font appel aux actionnaires pour augmenter leurs capitaux afin de financer des projets. Bien entendu ce n’est pas la seule source de financement des entreprises ; il y en a d’autres comme les obligataires, l’autofinancement… Mais les dirigeants sollicitent souvent les actionnaires pour assurer la croissance de leur entreprise et augmenter leurs capitaux propres par un moyen qui est beaucoup moins coûteux que les dettes financières. Par ailleurs, les actionnaires assument bien souvent des risques d’investissement bien plus élevés que les banques, par exemple.
En contrepartie, les entreprises doivent verser une rémunération (dividende ou plus-value) qui correspond au  pourcentage que les actionnaires détiennent en part du capital. A ce titre, « les dirigeants concentrent leurs efforts sur trois priorités : équilibre financier, rentabilité et croissance » comme l’affirme Michel Albouy dans « Actionnaire comme apporteur de ressources« .

Le droit de contrôle :
Ce droit de contrôle est définit dans « Actionnaire comme contrôleur » d’Edith Ginglinger. Comme ils ne peuvent pas gérer l’entreprise, les actionnaires délèguent cette tâche à un dirigeant qu’ils contrôlent soit directement via le vote à l’assemblée générale soit indirectement par le conseil d’administration. L’efficacité de ce contrôle est différente selon le type d’actionnariat (dispersé ou concentré). Ce droit de contrôle est protégé par la loi.

Bien que le contrôle ait pour but de protéger les investissements, son objectif ultimum est d’assurer que les dirigeants suivent des stratégies pour augmenter la rentabilité et maximiser la valeur de l’action.

L’actionnariat est une caractéristique des organisations  de l’économie capitaliste. Les différents types d’actionnaires, même s’ils partagent le statut d’un investisseur, ne partagent pas la même vision et les mêmes objectifs. Mais ils cherchent tous à augmenter leurs profits (dividendes) à la fin de l’année.

Les parties prenantes des entreprises

Selon Marvin Weisbord, « une partie prenante est un acteur individuel ou collectif  concerné par une décision ou un projet ». Elle peut être interne ou externe:

  • Les salariés (interne)
  • Les syndicats (interne)
  • Les clients (externe)
  • Les fournisseurs  (externe)
  • Les actionnaires (externe)
  • Les créanciers (externe)
  • Les pouvoirs publics voire organisation gouvernementale  (externe)

Les parties prenantes peuvent influencer les  décisions et les objectifs globaux de l’entreprise, d’où la nécessité d’une collaboration étroite (consultation, concertation…) avec elles.

Valeurs partenariales et valeurs actionnariales VS la responsabilité sociale de l’entreprise

Après une présentation des deux modèles de gouvernance des entreprises, détaillons-nous ces deux modèles vis-à-vis la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE).

La responsabilité sociétale des entreprises vise à intégrer les préoccupations sociales, environnementales et économiques au sein des entreprises et à « respecter l’équilibre des intérêts des différentes parties prenantes de l’entreprise » (Michel Albouy, Valeur actionnariale, Cahier de recherche n°2009-09 E2)

Comme nous avons vu précédemment que les actionnaires délèguent à des dirigeants la gestion des entreprises ; ils ne sont pas juridiquement propriétaires de l’entreprise. Ils utilisent leurs pouvoirs pour les contrôler et n’hésitent pas à les remplacer en cas de divergence des objectifs. Sans oublier leur rôle principal comme apporteur des fonds, d’où une dépendance financière entre l’entreprise et ses actionnaires.

Selon Milton Friedman, l’un des défenseurs de la théorie des actionnaires (shareholders theory) dans son article publié dans the New York Times en 1970, The social responsibility of businessis to increase its profits, « les entreprises n’ont qu’un seul objectif : augmenter le profit des actionnaires. »

Dans un modèle purement actionnarial qui ne croit qu’à cet objectif de court terme, les entreprises auront du mal à bien se développer et à avoir une croissance sociale, économique et financière saine. Nous rappelons aussi que « trop de contrôle peut dans certains cas nuire aux actionnaires eux-mêmes » comme le rappelle Edith Ginglinger. Ceci pourrait se traduire par des conflits entre les actionnaires et le conseil d’administration d’un côté et les dirigeants d’un autre côté. Par ailleurs, les dirigeants peuvent parfois aller jusqu’à dissimuler les pertes pour garder de la rentabilité, à un certain niveau (cf cas Olympus en novembre 2011).

D’un autre côté, l’entreprise dépend de ses parties prenantes pour survivre, se développer et croître. Les contraintes des clients et des fournisseurs pèsent très lourd sur la santé économique de l’entreprise. En effet, sans les clients et les fournisseurs, le chiffre d’affaire diminue, il y a des pertes d’emplois… et ce sont les actionnaires qui encaissent la perte !

Michel Albouy nous rappelle que « les salariés sont au cœur de la création de valeur de l’entreprise » et sans eux il est impossible d’assurer le développement des produits et le fonctionnement de l’entreprise au quotidien.

Les défenseurs de la théorie des parties prenantes (stakeholder) qui remet en cause le schéma de pensée classique, comme Edward Freeman (1984), affirment que l’objectif n’est pas de maximiser les profits mais de bien gérer et partager les gains de productivité entres ces différentes parties prenantes : hausse des salaires, baisse des prix…

Le PDG du groupe Danone, Franck Riboud, pense que la crise actuelle nous « impose de repenser le rôle de l’entreprise et il faut renouer les liens avec les fournisseurs, les salariés, les clients et les territoires » (Le Monde, 3 mars 2009) or, en cette période de crise, les entreprises ont besoin plus que jamais des actionnaires pour financer une partie de leurs actifs risqués qui ne peuvent pas être assurés à 100% par les banques et les créanciers. Mais encore une fois, ils ne constituent pas les seuls créanciers ; les autres font partie des parties prenantes.

Les dirigeants ne peuvent pas se permettre de négliger les parties prenantes et le modèle partenarial les défend !

Conclusion 

Dans quel intérêt les dirigeants doivent-ils gouverner et gérer une entreprise ? Celui des actionnaires ou des parties prenantes ?

La réponse à cette question n’est pas évidente. Nous avons vu les avantages et les inconvénients de l’adoption d’un modèle au détriment de l’autre.

« La RSE suppose le respect de l’environnement et l’équilibre des intérêts des différentes parties prenantes de l’entreprise » or celà est contradictoire avec le modèle actionnarial qui cherche à augmenter les profits des actionnaires sans prendre en considération les salariés, les clients et les fournisseurs. Cela ne signifie pas que ce sont les actionnaires qui sont « méchants » et les salariés sont « pauvres »; les deux modèles sont loin de faire l’unanimité !

Idéalement, il faudrait un concept qui réconcilie les deux modèles et qui instaure un équilibre des pouvoirs au sein des entreprises : il prendrait en compte la dépendance et le risque financier que les actionnaires encourent ainsi que les différentes contraintes exercées par les parties prenantes sur l’entreprise et qui seront introduites dans le jeu décisionnel.

Dans ce modèle, les dirigeants agissent pour l’intérêt des actionnaires à court terme sans négliger les parties prenantes qui vont eux-mêmes assurer la prospérité et la pérennité de l’entreprise à long terme.

Evidemment, le modèle parfait n’existe pas et il faudrait l’adapter aux besoins de l’entreprise, son environnement sociétal et aux enjeux économiques.

Imad Bousaid

Fondateur et responsable de publication d'Analyze Thiz. Il s'intéresse à la finance, la stratégie et la photographie.

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