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Goldman Sachs : la face cachée d’Abacus

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-  » I deny – categorically the SEC’s allegation. I will defend myself in court against this false claim » (je nie catégoriquement les allégations de la SEC. Je me défendrai devant la justice contre ces fausses allégations)

C’est ce que Fabrice Tourre, le trader français, avait dit devant le Sénat américain en ce mardi 27 avril 2010 lors d’une audition présidée par Carl Levin. Et pour cause, Goldman Sachs, cette banque d’investissement internationale créée en 1869 à New York, est accusée d’avoir vendu des produits financiers douteux liés à des actifs immobiliers (subprimes) à risque à ses clients, « des affaires de merde » selon Levin.
Il y avait aussi ce jour-là  des hauts dirigeants de Goldman Sachs comme Daniel Spark – responsable de la division des prêts hypothécaires et un peu plus tard dans la journée, le PDG Lloyd Blankfein.

Goldman Sachs

Goldman Sachs

Comment cette affaire a-t-elle pu s’éclater ? Comment Goldman Sachs a pu, à la base, créer ces actifs toxiques et parier contre ces mêmes actifs ? Comment des banques allemandes et hollandaises ont pu tomber dans ce piège ? Et quel était le rôle de Fabrice Tourre ?

Beaucoup de questions – notamment financières – auxquelles cet article va essayer de répondre en toute objectivité et sans donner un avis sur la procédure en cours. Mais avant, quelques définitions pour mieux comprendre les mots clés :

SEC : The Securities and Exchange Commission, le gendarme de bourse
RBMS : Residential Mortgage Backed Securities, un paquet de prêts hypothécaires
CDO : Collateralized Debt Obligations portefeuille de titres financiers
SCDO : Synthetic CDOs,  portefeuille de titres financiers liés à des prêts hypothécaires risqués.
CDS : Credit Default Swaps, couverture de défaillance. Ils sont des contrats de protections financiers.
SPV : Special Purpose Vehicle ou véhicule d’intérêt spécial, société coquille dans un paradis fiscal qui sert à « camoufler » les pertes financières

Comment RBMS sont-ils créés ?

Les banques prêtent aux ménages pour acheter un logement : les crédits hypothécaires. Ces ménages remboursent ces prêts par des versements qui constituent un flux de trésorerie aux banques. Les banques regroupent plusieurs crédits hypothécaires ensemble ; ces « packages » de crédits s’appellent des RBMS.

RBMS

RBMS

Les CDO ou Collateralized Debt Obligations

  1. Un vendeur (banques, compagnies d’assurance, fonds de pension…) vend des RBMS à des acheteurs (investisseurs institutionnels).
    Ces actifs sont stockés d’abord dans une SPV qui les trie en différentes tranches en fonction de leurs risques. Les différentes tranches auront une note ainsi qu’un taux proportionnel aux risques : plus les actifs sont risqués, plus leurs taux sont grands.
  2. Un client – investisseur (banques, compagnies d’assurance, fonds de pension…) choisit la tranche ainsi que la quantité des actifs qu’il souhaite acquérir et investir en fonction du risque qu’il veut encourir. Il paie l’investissement initial.
  3. Le vendeur récupéra l’investissement de l’acheteur.
  4. L’acheteur recevra les intérêts de son investissement qui correspondent à la tranche choisie et par conséquence, au risque encouru.
  5. Le vendeur rembourse le capital investit à la date d’échéance quand les obligations seront remboursés.
  6. L’acheteur récupéra sa mise de départ à la date d’échéance.
CDO

CDO

Credit Default Swaps et Synthetic CDOs

Les Synthetic CDO fonctionnent grâce à des contrats financiers appelés CDS. Il existe 2 contrats de protection (option de risque sur défaut) : au niveau de l’acheteur et le vendeur. Ces protections sont basées sur les perspectives et les performances des CDO dans le futur : les CDO perdent leurs valeurs quand les RBMS (les actifs sur lesquels ils sont basés) ne seraient pas remboursés !

Dans notre cas, les acheteurs (clients) souscrivent à une assurance sur les CDO qu’ils viennent d’acquérir parce qu’ils pensent que ces actifs ne sont pas assez fiables. Tandis que les vendeurs, pensent que ces CDO sont fiables et proposent de les assurer.

CDS

CDS

  1. les vendeurs vont injecter un premier investissement dans les SPV.
  2. Les acheteurs vont payer une prime périodique à leurs vendeurs.
  3. Si les obligations ne seront pas remboursées (par les ménages), le contrat de protection du vendeur remboursera la perte de l’acheteur.

Comme nous avons vu que les CDO comportent des tranches de RMBS à haut risques ; les CDS  intègrent ces risques à leur tour.

Abacus 2007-AC1

En 2007, Fabrice Tourre est chargé de concevoir des produits financiers. Il est responsable de la structuration et marketing d’Abacus 2007-AC1, un « véhicule » financier bourré d’actifs immobiliers.
Paulson & Co a créé deux fonds de pension appelé Paulson Credit Opportunity Funds. Il avait un avis négatif sur le marché des subprimes et pariait à la baisse de ses valeurs. Il a souscrit à des contrats de protection CDS. Paulson pariait que beaucoup de ménages n’arriveraient pas à rembourser leurs crédits ce qui va entraîner la perte des RMBS qui en constituent et va engendrer par la suite des profits via les assurances : il a souscrit à une assurance pour des produits qu’il a lui-même spéculé sur leurs effondrements…

Goldman Sachs a mandaté ACA pour gérer les CDO d’Abacus. Abacus 2007-AC1 était constitué d’actifs SCDO de valeurs de 2 milliards $ sélectionnés par ACA Management.

ACA et Paulson ont travaillé ensemble et ils ont identifié 92 RMBS notés BBB, donc à risque. Paulson avait acheté une protection sur la tranche 45%-100% (super senior). Et un mois plus tard, un autre contrat de protection d’ACA sur ces actifs, via IKB et ABN Amro.

En avril 2007, la banque publique allemande IKB avait investi, via Paulson, 50 millions $ dans la protection des risques des actifs classe A-1 et 100 millions $ dans des actifs classe A-2.

En mai 2007, la banque néerlandaise ABN Amro a assuré la protection des risques d’Abacus pour la partie « sénior’ 50%-100%.

En août 2008, ABN est acquis par la banque écossaise RBS. Cette dernière a préféré laisser tomber les actifs d’Abacus en payant 840 millions $ à Goldman Sachs.

Pour résumer, Paulson avait une protection à long terme sur la tranche 45%-100%, IKB et ACA (via ABN Amro) avaient une protection de court terme sur la tranche noté AAA et Goldman Sachs avait une protection de court terme sur la tranche 45%-50%.

Au final, Paulson a empoché presque un milliard de $ sur les tranches protégés en achetant des CDS à IKB et ABN Amro et Goldman Sachs avait perdu, uniquement, 90 millions $ sur la tranche de 5%.

Abacus 2007-AC1

Abacus 2007-AC1

Les personnes clefs de ce montage financier

Selon le Wall Street Journal les personnes clefs de cette affaire sont :

  • Fabrice Tourre
  • Paolo Pellegrini : ancien salarié chez Paulson  & Co qui est entré en contact direct avec Fabrice Tourre  et l’assureur ACA Financial Guaranty Corp.
  • Jonathan Egol : le supérieur hiérarchique direct de Fabrice Tourre chez Goldman Sachs
  • Laura Schwartz : cadre d’ACA Financial Guaranty Corp. Elle était la lien entre sa firme et Fabrice Tourre
  • Gail Kreitman : une ancienne salariée chez Goldman Sachs et l’intermédiaire entre Fabrice Tourre et ACA Financial Guaranty
  • John Paulson : fondateur de Paulson & Co.

Source : Business Insider & The working Economy

Imad Bousaid

Fondateur et responsable de publication d'Analyze Thiz. Il s'intéresse à la finance, la stratégie et la photographie.

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