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Patrick Schumacher, créateur de chimères contemporaines

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Sculpteur de chimères animalières, il aime le noir et blanc, les contrastes et ce qui claque. Cet artiste, pour qui le contact physique avec le plâtre et les matériaux durs a son importance, réalise des sculptures proches de l’objet design. Tout objet peut être magnifié ; il n’y a pas de frontière entre la sculpture, l’art et l’objet. Entrons dans l’univers de Patrick Schumacher, où se mêlent sérieux et dérision.

Patrick Schumacher

Patrick Schumacher

Valérie Galassi: L’essentiel de votre travail est composé de sculptures représentant des animaux. On retrouve très souvent le rhinocéros zébré. Qu’est-ce qui vous attire dans la représentation de cet animal ?

Patrick Schumacher : Je cultive un bestiaire. J’ai commencé par créer des chimères car j’aime le mélange. Je cherche à mélanger les arts différents, les cultures différentes, cela est peut-être du à mes origines : ma mère est Syrienne et mon père était Allemand.
J’aime la mixité entre les choses et les gens. Il faut accepter les différences, prendre les personnes, dès le départ, telles qu’elles sont . Le rhinocéros est un animal un peu mythique, il a longtemps été associé à la licorne. L’artiste, au même titre que le rhinocéros, est un « animal » assez rare qui intrigue les gens. Le « rhinozébros » est né de cette volonté de mélanger les genres. C’est une chimère contemporaine, façon moderne de dire qu’aujourd’hui pour tenir  il faut mélanger les choses, les genres. Représenter un rhinocéros seul ne me paraît pas intéressant, ça n’apporte rien, mais lui rajouter des zébrures et des couleurs apporte quelque chose. Je rajoute un scénario, ce qui permet d’inviter le spectateur à se demander pourquoi il y a ces zébrures.
Le « rhinozébros » est un référent dans mon travail, je travaille dessus depuis une dizaine d’années.

Le rhinozébros est un référent dans mon travail

Le rhinozébros est un référent dans mon travail

V.G. : Vous avez créé des bouddhas avec des oreilles de Mickey. C’est assez intrigant comme mélange. Quel message voulez-vous faire passer ?

P. S. : Il est vrai que de temps en temps je réagis au monde qui m’entoure, à l’actualité.

Le message que je veux faire passer est simple : le bouddha aux oreilles de Mickey, qui est en fait un putaï (symbole de prospérité) représente le monde d’aujourd’hui. Notre monde est régi par la Chine et les Etats-Unis.  Tout vient de Chine, tout est fabriqué en Chine. Le « bouddha Mickey » c’est le nouveau dieu qu’on veut nous imposer ; une nouvelle idole.

V.G. : Mais cela ne va-t-il pas a l’encontre de votre message initial, à savoir la mixité des genres ?

P. S. : La mixité, comme je le disais, c’est accepter la différence. Il ne faut pas imposer les choses. Ce qui me gène c’est qu’on nous impose un mode de consommation.  On n’est pas assez conscient de ce qui se passe au niveau mondial. Tout va trop vite.

V.G. : Peut-on dire que l’on perçoit une forme d’humour dans votre travail ?

P. S. : C’est vrai, il y a une bonne partie de mon travail où il y a du second degré.

Je ne fais pas de l’art décoratif je fais de l’art « déconnant » : c’est de l’art déco, décoratif, étonnant, déconnant, déco-narratif . Quand il y a de l’humour il y a une histoire. Il faut prendre le  spectateur par la main. Puis quand tu l’as pris par la main il faut l’amener vers quelque chose de beau. Comme les artistes qui attiraient le spectateur avec le nu,  je prends le spectateur par quelque chose d’humoristique et des couleurs un peu flashy. L’art doit être intéressant, sérieux, de bonne qualité et il peut être en même temps humoristique.

Le bouddha Mickey, le nouveau dieu qu'on veut nous imposer

Le bouddha Mickey, le nouveau dieu qu’on veut nous imposer

V.G. : Comment procédez-vous pour trouver l’inspiration et créer vos sculptures ?

P. S. : Au départ je me documente et je réfléchis à un animal. Je me tiens informé sur ce qui a déjà été fait. J’estime que cela ne sert à rien de faire ce qui a déjà été réalisé. Travailler comme Michel Ange par exemple,  ça n’apporte rien. Il faut apporter de la nouveauté.

Donc  avant de créer un objet je réfléchis à son opportunité, à ce que mon objet va apporter de nouveau. Je fais en sorte qu’il ait un côté chimérique et une signalétique qui permette de reconnaître mon travail.

V.G. : Quels matériaux utilisez-vous pour sculpter ?

P. S. : J’utilise le plâtre, la cire, des résines.

Je n’utilise pas l’argile car je trouve qu’elle n’a pas de tenue. Tandis que le plâtre, par exemple, réagit, c’est un matériau qui me résiste.

De part la rapidité du geste la peinture réagit très vite. Pour la sculpture il y a une lenteur d’exécution qui oblige à beaucoup de réflexion. Le temps de travail fatalement induit sur le travail lui-même.

V.G. : Comment définiriez-vous le métier d’artiste ?

P. S. : Être artiste c’est une forme d’expression que j’aime, c’est ce qu’il y a de plus difficile à faire. Un bon artiste c’est quelqu’un qui sait tout faire : travailler de ses mains mais aussi se vendre. C’est un très beau métier.

Personnellement, c’est un métier qui me rend heureux, j’ai du mal à me passer de l’atelier et de créer. Même si on n’est jamais content et que l’on a toujours ce sentiment de désir inassouvi. On veut toujours faire mieux.  J’ai mis du temps à m’accepter en tant qu’artiste. J’ai été longtemps l’artiste pour d’autres, leur « nègre » et j’étais d’ailleurs très bon.  J’ai mis du temps à accepter que mon travail avait son sens, sa place et qu’il valait largement le travail des autres. On fait partie d’un tout, être artiste c’est très difficile et quelque part c’est aussi très prétentieux. Car c’est estimer que notre pierre va apporter quelque chose à l’édifice de l’art. Il faut l’accepter et mettre ses sentiments de côté.

Il faut surprendre le public. Quoi qu’on fasse il faut que ce soit de la qualité car il n’y a pas d’art sans spectateur.

Schumacher réalise des sculptures proches de l'objet design

Schumacher réalise des sculptures proches de l’objet design

Le bestiaire de Schumacher est exposé au Musée de la Citadelle de Villefranche-sur-mer jusqu’au 28 mai 2012.

Valérie Galassi

Après des études d’Histoire et d’Histoire de l’Art, elle a eu la chance de participer à la bulle internet en rejoignant l’équipe d’une start-up basée à Sophia Antipolis : elle devient, ce qu’on appellerait aujourd’hui, « Community Manager » du 1er site de communautés virtuelles francophone (respublica.fr). Cette « nouvelle » technologie s’avère être pour elle une véritable révélation ; le web fait aujourd’hui partie intégrante de sa vie.

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  1. [New] Patrick Schumacher, créateur de chimères contemporaines http://t.co/hJvrrWfz (par @ChapitreOnze) via @AnalyzeThiz

  2. Le bestiaire de Patrick Schumacher, artiste sculpteur http://t.co/vZqsuP2d via @analyzeThiz

  3. [A relire]: Patrick Schumacher, créateur de chimères contemporaines http://t.co/8qYMeVCS
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  4. [A relire]: Patrick Schumacher, créateur de chimères contemporaines http://t.co/8qYHHlBY
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