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Louis Dollé, un artiste qui aime les défis

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Louis Dollé est ce qu’on appelle un artiste pluridisciplinaire : il est à la fois peintre, sculpteur professeur, commissaire d’exposition et installateur.

Titulaire d’un CAP maîtrise d’ébéniste et de sculpteur ornemaniste, il a été dans un premier temps artisan.

Plusieurs rencontres le mèneront à étudier les Beaux Arts puis à exercer le métier d’artiste.

ValérieGalassi : Quand avez-vous décidé de devenir un artiste ?

Louis Dollé : Tout petit je savais que je voulais être un artiste.  A l’école je dessinais, dans la cour de récréation je faisais du modelage. Je n’ai pas été longtemps à l’école parce que je m’ennuyais

Louis Dollé

beaucoup.
J’ai fait ma première exposition à 10 ans. J’ai créé une bande dessinée d’après  le tablier « nissart » et mes planches ont été exposées dans une banque.  Puis j’ai réalisé un char de carnaval qui a été exposé au musée Lascaris à Nice.
J’ai plus ou moins baigné dans le milieu artistique. Ma mère a été artiste, elle a repris un art traditionnel et elle l’a développé. Elle avait beaucoup de livres d’histoire de l’art et je regardais les images,  ça m’a très vite intéressé. A cette époque j’ai eu l’occasion de côtoyer des artistes.
Puis pendant mon adolescence j’ai fait une petite jachère culturelle jusqu’à ce que j’arrive chez un maître sculpteur.

V.G. : Comment a-t-il mis fin à cette « jachère culturelle » ?

L. D. : Et un jour il m’a demandé ce que je pensais de Picasso ; je lui ai répondu qu’un enfant de cinq ans pouvait en faire autant.  Quelques jours après il m’a montré une photo de Michel Ange, j’ai trouvé que c’était parfait. Il m’a alors montré combien ses sculptures sont disproportionnées et que ce qui est important chez lui c’est ce qu’il raconte. Puis il m’a montré Giacometti. Là j’ai eu un petit souci, parce que j’ai trouvé ça beau. Il m’a fait comprendre que l’art ce n’est pas forcément joli. Quelques jours plus tard il m’a emmèné à la Fondation Maeght à Saint-Paul près de Vence. J’ai boudé beaucoup de choses, je n’avais que 14 ans et que je n’y connaissais pas grand chose. Enfin il m’a montré un autre livre, une très belle madone avec un enfant sur un fond bleu, je lui ai dit que c’était très beau. C’était Picasso… Ça m’a totalement bouleversé. C’est alors qu’il m’a dit que je n’étais pas fait pour être artisan, mais artiste. Il s’est rendu compte que je ne pouvais pas être dans la répétition. Je suis un bon ébéniste mais je ne peux pas faire tous les jours la même chose. Je suis heureux quand on me donne un défi.

V.G. : Que s’est-il passé ensuite ?

L. D. : J’ai passé mon CAP d’ébéniste sans problème mais avec difficulté dans le sens où je ne voulais pas faire ce métier. Mais Il me fallait un métier très vite parce que j’étais soutien de famille. J’ai fait un an de spécialisation. J’ai gagné le concours des métiers d’art, du meilleur apprenti de France. J’ai tout de suite eu mon premier atelier. Même si je gagnais bien ma vie, je n’aimais pas ce que je faisais. J’ai continué à aller chez mon maître de temps en temps pour faire des stages. Le soir je sortais souvent et j’ai rencontré beaucoup de personnes qui m’ont donné envie de participer à la vie culturelle et à faire des collectifs. J’ai décidé de passer mon bac en candidat libre pour pouvoir entrer aux Beaux Arts. J’ai eu mon BAC à 22 ans.

V.G. : Parlez-nous des raisons de votre travail et de votre création artistique.

L. D. : J’ai commencé par travailler le bois, un matériau que j’ai détourné. Quand je fais quelque chose dans le bois ce n’est pas taillé dans la masse, je fais des collages. Je travaille sur l’équilibre que je pousse à l’extrême, je pousse d’ailleurs toujours le matériel et les idées à l’extrême.

Je pars souvent d’un thème et d’envies de matériaux. Parfois j’adapte le matériau au thème. J’ai des recherches de thèmes et j’ai des recherches de matériaux. Je travaille toujours la matière et je la détourne toujours de ce qu’on en fait habituellement. Quand j’assemble du métal on ne voit plus ce que c’est. Je brûle des palettes, je récupère les clous, je les soude, je les forge et on ne voit plus que ce sont des clous. C’est à la fois artisanal et expérimental. Finalement c’est plus de l’ébénisterie que de la sculpture sur bois. Le « Grand juge » en bois tient sur trois doigts, c’est exceptionnel au niveau physique. Je fais des collages de bois pour que ça résiste à la contrainte du poids et du déséquilibre. Le corps et les jambes sont entièrement creux. Normalement les sculpteurs sur bois prennent un tronc et sculptent dedans. En général je récupère de vieux meubles. Le juge c’est une armoire et une table, donc je prends des objets qui ont vécu mais après on ne voit plus ce que c’était.

Je parle à un public. J’aime bien servir de révélateur à des choses, je veux être pédagogue mais aussi enchanteur. Je n’ai pas un message mais plusieurs. Prenons par exemple le thème de la marche : la marche c’est aller de l’avant, c’est Jean-Jacques Rousseau, les rêveries du promeneur solitaire. C’est quelque chose qui est de l’ordre de la réflexion, de la solitude. Je crée aussi beaucoup de femmes enceintes, je fais des choses très féminines. Je travaille d’après  le cinéma ou la BD. Tout m’inspire.

Par contre je ne laisse aucune liberté d’interprétation. Je dis quelque chose et je veux qu’on voie ce que j’ai à dire.

Le lacet

V.G. : Vous faites partie du groupe « Pour une friche culturelle à Nice ».  Quel est le but de ce groupe ?

L. D. : Le but est de rencontrer les décideurs de la région pour donner des moyens aux artistes, quels que soient les arts.

J’aimerais qu’il y ait à Nice  plus de résidences d’artistes. A la manière de ce qui existe à Leipzig en Allemagne : il y a là-bas un endroit avec à l’étage les artistes qui travaillent et en bas une galerie avec un agent pour certains artistes, un agent pour d’autres, une salle pour faire du théâtre et de la musique,  des salles vides pour donner des cours. Donc je voudrais qu’il existe une friche culturelle, c’est-à-dire un lieu où des artistes locaux produisent, se produisent et où on les produit,  comme la  friche « La belle de mai » à Marseille ou encore les friches Saint Jean d’Angely à Nantes où l’on trouve la compagnie de théâtre  Royal de Luxe qui a un rayonnement mondial. Avec cette friche culturelle les artistes pourraient se nourrir les uns des autres et il y aurait une équipe qui ferait leur promotion. Je pense que les touristes serait ravis de voir la production artistique niçoise en direct.

V.G. : Vous avez publié un livre, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

L. D. : C’est un portrait et non pas un autoportrait. J’ai demandé à des amis artistes qu’ils me fassent des photos, qu’ils m’écrivent des textes. J’ai aussi moi-même écrit quelques passages. Il y a des choses très sérieuses mais aussi des choses un peu plus légères. C’est un livre qui ne parle pas que de moi mais aussi ce qui se fait à Nice.

La prochaine exposition de Louis Dollé se tiendra du 1er au 30 septembre à Cap d’Ail à la Villa Roc Fleuri dans le cadre d’un événement « No made ».

Son livre, Louis Dollé, sculpteur ymagier, Portrait est paru en aux Editions Melis en janvier 2012.

Valérie Galassi

Après des études d’Histoire et d’Histoire de l’Art, elle a eu la chance de participer à la bulle internet en rejoignant l’équipe d’une start-up basée à Sophia Antipolis : elle devient, ce qu’on appellerait aujourd’hui, « Community Manager » du 1er site de communautés virtuelles francophone (respublica.fr). Cette « nouvelle » technologie s’avère être pour elle une véritable révélation ; le web fait aujourd’hui partie intégrante de sa vie.

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