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‘Novecento : pianiste’ un monologue au milieu de l’océan

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L’œuvre d’Alessandro Baricco a été initialement écrite pour être mise en scène sous forme de monologue. Cependant, l’écrivain lui-même doute que ‘Novecento: pianiste’ soit réellement un texte de théâtre, et le décrit plutôt comme étant « à mi-chemin entre une vraie mise en scène et une histoire à lire à voix haute. ».

Alessandro Baricco

Alessandro Baricco

Un style captivant pour un personnage hors du commun

Le style oral du texte donne de la rapidité à ce petit livre. En moins d’une heure de lecture, les pages sont carrément englouties. On y apprécie les parenthèses décrivant ce qu’il est censé se passer sur scène et les mimiques du comédien. L’écriture, mêlée à ces notes, font de la lecture de ce livre un moment court, intense, rempli de réflexion. L’unique narrateur de l’œuvre est de fait l’unique témoin d’une aventure hors du commun, celle de son meilleur ami, un homme né sur un bateau et devenu un pianiste virtuose. Ses souvenirs sont contés sans détour, d’une façon simple et belle, comme nous parlerions nous-mêmes d’un ami formidable dont nous sommes fiers. Décrivant la musique qu’il entend et qu’il joue, le narrateur nous fait l’imaginer. Jazz, ragtime, musique d’ambiance, virtuosité et improvisation se retrouvent tous dans ces quelques pages. L’unique regret est de ne pas pouvoir les entendre réellement.

Un livre d’évasion… entre voyage et talent musical

« Même tout petits, si tu les regardais dans les yeux, en regardant bien, tu la voyais déjà, l’Amérique, elle était là, prête à bondir, à remonter le long des nerfs ou du sang ou je ne sais quoi, et puis de là au cerveau, puis sur la langue, et puis dans ce cri (il crie), L’AMERIQUE, elle était déjà là, dans ces yeux, ces yeux d’enfant, déjà là tout entière, l’Amérique. » p. 14

Les principaux thèmes abordés sont ceux du voyage et de la musique. Rien de bien extraordinaire jusqu’ici. Ce qui donne toute son importance à cette œuvre est, selon moi, la particularité du personnage principal : un homme né et ayant vécu toute sa vie sur un bateau, faisant des allers-retours entre l’Europe et l’Amérique : Novecento. Ayant appris le piano seul et devenu un virtuose admiré de tous, Novecento rêve, est aussi pris pour un fou quelques fois, voyageant au sein de ses pensées, découvrant le monde au travers des centaines d’histoires d’immigrants et de riches voyageurs lui parlant durant leurs traversées. Il reste secret et mystérieux et refuse de mettre le pied à terre. Il se complait sur son bateau, cet énorme navire déplaçant un nombre limité de voyageurs dans une ère elle-même limitée. Il craint l’infini qui règne sur la terre ferme. Novecento vit son petit bonhomme de chemin, sans prendre part aux problèmes des hommes qui ont préféré vivre les deux pieds sur terre, qui ont choisi un entourage restreint, dans une ville restreinte, avec un travail particulier et une routine bien précise. Novecento n’aurait été capable de choisir, ni de se retrouver dans l’immensité du monde : « Il y avait tout. Mais de fin, il n’y en avait pas. Ce que je n’ai pas vu, c’est où ça finissait, tout ça. La fin du monde. »

 ’Novecento: pianiste’ est définitivement un livre d’évasion, qui mêle avec douceur et talent musical, voyage et amitié.

Le passage à retenir

Novecento : pianiste

Novecento : pianiste

« Et enfin, au piano… Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento.
Le plus grand.
(La musique s’interrompt brusquement. Le comédien abandonne son ton de présentateur et, tout en continuant de parler, enlève son uniforme de musicien.)
Il l’était vraiment, le plus grand. Nous, on jouait de la musique, lui c’était autre chose. Lui, il jouait…quelque chose qui n’existait pas avant que lui ne se mette à le jouer, okay ? Quelque chose qui n’existait nulle part. Et quand il quittait son piano, ça n’existait plus… ça n’était plus là, définitivement… Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento. La dernière fois que je l’ai vu, il était assis sur une bombe. Sans blague. Il était assis sur une charge de dynamite grosse comme ça. Une longue histoire… Il disait : « Tu n’es pas vraiment fichu, tant qu’il te reste une bonne histoire, et quelqu’un à qui la raconter. » Son histoire, à lui… c’était quelque chose. Il était sa bonne histoire à lui tout seul. Une histoire dingue, à vrai dire, mais belle… » p. 21
 
Références :
Alessandro Baricco, Novecento : pianiste. Un monologue, Collection Folio, Gallimard, 88 pages, 1997

 

Hélène Abiraad

Etudiante en Sciences politiques à Bruxelles. Elle est passionnée par la philosophie politique. Fana de voyages, de nourriture, de musique et de littérature en tous genres.

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2 Commentaires

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