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Daniel Airam : un artiste classique qui s’affranchit de la technique

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Daniel Airam est né à Lyon en 1958. Aujourd’hui, il vit et travaille à Nice.

Cet artiste, chez qui l’aplat est une constance, réalise des créations abstraites, auxquelles il rajoute des personnages lui permettant de former un équilibre. Il utilise la ligne pour renforcer ses tableaux à la structure dessinée. Chaque élément, chaque personnage n’est pas placé par hasard, tout est fait avec précision.

Créations abstraites avec personnages Acrylique, pigments, collage sur papier : 58X35 cm

 Valérie Hummes : Quand vous est venue cette vocation pour le métier d’artiste ? 

Daniel Airam : A 7 ans je voulais devenir peintre. Très jeune j’ai eu le goût pour la beauté et le goût pour le mystère de la beauté.
Mon père avait un ami qui était peintre. C’était un peintre du dimanche mais qui peignait bien. Lorsque nous étions invités chez lui,  je passais des heures à regarder les tableaux accrochés sur les murs de son appartement.  Il y avait quelque chose qui m’intriguait.  Je me demandais pourquoi il avait peint ces paysages, comment il avait fait jaillir la lumière dans ses toiles, comment il avait réussi à nous faire ressentir le vent dans les arbres. Je les trouvais à la fois beaux et mystérieux. J’étais fasciné.
Je ne suis pas issu d’un milieu social qui m’a poussé à aimer l’art, mes parents ne s’y intéressaient pas du tout. Et pourtant, à 12 ans je prenais un plaisir fou à visiter les musées de Lyon. Dans ces lieux aussi il y avait de la beauté et du mystère.

V.H. : Vous parlez de « mystère », qu’entendez-vous par là ?

D.A. : Le mystère pour moi c’est ce qui pousse un homme à peindre, ce qui fait qu’une peinture nous parle ou pas, pourquoi elle est belle, pourquoi certains artistes nous font pénétrer dans des univers fantasmagoriques qu’on ne connait pas. Je trouve cela fascinant.

V.H. : Quel a été votre parcours ?
D.A. : J’ai commencé à dessiner comme tous les enfants ; mais alors que, vers l’âge de sept  ans, les enfants arrêtent de dessiner, moi j’ai continué. Je dessinais beaucoup. L’école ne marchait pas très bien, sauf en dessin, c’est pourquoi le conseiller d’orientation m’a dirigé vers une école d’art. Je pensais que j’allais entrer dans une école d’arts appliqués, pour faire de la publicité par exemple, mais c’était une école d’arts graphiques qui destinait au métier de l’imprimerie. Ma formation a duré 3 ans et je me suis spécialisé en typographie.
Dans un premier temps j’ai donc été imprimeur typographe,  ce sont des années qui m’ont énormément apporté. Parallèlement,  je dessinais et je peignais beaucoup. Alors que j’exerçais ce métier je suis allé visiter une exposition à Lyon sur les graveurs Lyonnais. Je ne connaissais absolument pas cette technique. Je ne savais pas faire la différence entre un dessin et une gravure. Cela a été une découverte, j’ai su ce que je voulais faire. Comme je n’avais pas d’argent pour acheter une presse, je me suis inscrit en auditeur libre à l’école des Beaux Arts. J’ai suivi les cours de l’atelier de gravure, ce qui m’a permis de profiter d’une presse, des encres et d’un professeur.
A l’âge de 22 ans j’ai abandonné le métier d’imprimeur pour me consacrer à la peinture. J’ai commencé à vendre mes gravures dans des galeries à Lyon. J’ai pris un atelier et j’ai acheté une presse. En 1986 je suis monté à Paris. Pendant 15 ans j’ai vécu en ne vendant que de la gravure.

"Pendant 15 ans j’ai vécu en ne vendant que de la gravure"

V.H. : Vous a-t-on déjà dit ne pas aimer votre travail ?

D.A. : Il arrive que certaines personnes me disent qu’elles n’arrivent pas à entrer dans mon travail.J’ai la chance de faire une peinture qui est « assez belle ». J’essaye de respecter certaines règles, je reste un artiste classique au sens où j’utilise de la peinture sur  une toile, je travaille sur des harmonies, sur des lignes de forces. Mon travail n’est pas provocateur ou négatif. Par contre, certains peuvent le  trouver triste. Mais il n’est  pas triste, il est grave.  Pour moi l’Art est une chose grave. L’Art touche à des fondements de nous mêmes. L’amour, la mort, la perte de quelque chose ou de quelqu’un. Quand on regarde une œuvre d’art on se  projette dedans. Si  on n’aime pas une couleur par exemple,  et si elle se trouve dans un tableau, on peut ne pas aimer ce tableau, on peut même être irrité car cette couleur nous dérange.

V.H. : Vous dites avoir longtemps vécu uniquement de la gravure, or dans votre atelier de nombreuses toiles sont accrochées aux murs. Quand avez-vous commencé à créer des tableaux ?

D.A. : J’ai toujours peint, mais je peignais pour moi. Quand on va voir une galerie pour montrer son travail  il faut un vrai dossier. La première fois que j’ai frappé à la porte d’une galerie à Paris j’avais quatre ans de gravures.  J’avais déjà un matériel à montrer. C’est la même chose pour la peinture,  il faut faire au minimum cent peintures pour les présenter,  sachant qu’il faut trouver son écriture au plus vite.

V.H. : Pourquoi  avoir voulu être artiste ? Pourquoi peignez-vous ?

En premier lieu, c’est l’activité qui m’attire et je la considère comme un vrai métier. J’aime ce métier. Chaque jour je viens à l’atelier et je suis heureux.  C’est le métier le plus incroyable. L’Art est une des choses la plus essentielle de l’humanité. L’Art reste dans l’histoire.

V.H. : Aujourd’hui quelle technique privilégiez-vous entre la gravure et la peinture ?

D.A. : Aujourd’hui je privilégie la peinture. J’ai trop fait de gravure, je trouve cela fatigant. On dit souvent que la gravure est de l’introspection tandis que la peinture est une projection. On travaille sur un support, une matrice, on ne voit le résultat que lorsqu’on tire une épreuve, d’ailleurs le terme même d’« épreuve » est une épreuve à double sens. Il faut travailler sur une petite surface, rester concentré. C’est du temps pour tout : du temps pour faire la matrice, du temps pour faire le tirage, du temps pour le séchage.
Il est arrivé un moment où j’ai un peu saturé. Techniquement il y a des choses que l’on ne peut pas faire avec la gravure.  J’avais et j’ai besoin de me sentir libre dans la technique. Quand j’ai commencé à montrer mes peintures, cela a pris assez vite, comme ma gravure d’ailleurs. Et il faut reconnaître que, financièrement, il est plus intéressant de vendre une toile.

"Aujourd'hui je privilégie le tableau"

« Aujourd’hui je privilégie le tableau »

V.H. : Que voulez-vous exprimer dans votre travail ? Que recherchez-vous ?

D.A. : Tout mon processus a été de m’affranchir de la technique. En sachant faire de la peinture au sens classique du terme, je cherche au contraire une économie de moyens, à aller vers l’essentiel, en supprimant  tout ce qui relève de la technique même si en même temps je m’en sers. J’ai réussi à la surpasser en la possédant. Je veux mettre en avant la puissance d’évocation d’une peinture.
Je cherche à mettre en relation des volumes, des couleurs, des matériaux, des compositions. Lorsque je fais jaillir une image dont je suis content, je suis heureux. Quand je sens que l’œuvre est aboutie, la peinture est terminée : je ne peux rien enlever, rien ajouter.  C’est l’équilibre parfait, la fin de l’œuvre.
Etre artiste doit nous satisfaire en plaisir et en bonheur ; quand une œuvre nous satisfait c’est parce qu’elle nous a comblé. Cela fait 30 ans que je vis de mon art, c’est ma grande fierté. C’est un métier terriblement difficile, mais c’est pour moi le plus beau métier du monde.

Boîte

Boîte

Daniel Airam prépare sa prochaine exposition qui se tiendra à Londres au mois de juin prochain chez Harper Deyong. Il y présentera des créations sous forme de « boîtes ».

Valérie Galassi

Après des études d’Histoire et d’Histoire de l’Art, elle a eu la chance de participer à la bulle internet en rejoignant l’équipe d’une start-up basée à Sophia Antipolis : elle devient, ce qu’on appellerait aujourd’hui, « Community Manager » du 1er site de communautés virtuelles francophone (respublica.fr). Cette « nouvelle » technologie s’avère être pour elle une véritable révélation ; le web fait aujourd’hui partie intégrante de sa vie.

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3 Commentaires

  1. [New] Daniel Airam : un artiste classique qui s’affranchit de la technique http://t.co/m04qSC4e (par @ChapitreOnze) via @AnalyzeThiz

  2. Mon 2ème article pour @analyzeThiz : Interview de Daniel Airam, artiste peintre et graveur http://t.co/bi2p0xu3

  3. [A relire]: Daniel Airam : un artiste classique qui s’affranchit de la technique http://t.co/ycIXmv4U
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